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Un excellent article de Franck Gintrand Publié sur Le Cercle Les Echos.

 

Vous pouvez aussi le lire à l'adresse suivante
http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/territoires/221180168/dix-dossiers-strategiques-attendent

 

Dans un contexte financier et économique particulièrement tendu, les maires élus en 2014 devront composer avec des moyens réduits, des organisations intercommunales plus puissantes, des administrés plus impliqués et des inégalités territoriales de plus en plus fortes. Entre le marteau de la contrainte et l’enclume de la concurrence territoriale, la voie s’annonce très étroite…

1) Les relations intercommunales

S'agit-il d'un risque pour la démocratie ou d'un gage de plus grande efficacité ? Une chose est sûre : avec le développement des intercommunalités, chaque ville perd une partie de ses prérogatives au profit d’une organisation disposant de compétences propres, mais aussi, surtout, de ressources financières importantes et d’une capacité à décider pour l’ensemble de ses membres.

Cette mutation n’en est encore qu’à ses débuts. Personne ne sait vraiment jusqu’à quel degré d’intégration chaque intercommunalité peut et doit mener, ni quelles seront les conséquences exactes de l’élection des conseillers communautaires au suffrage universel. Mais une chose est sûre : les relations intercommunales seront plus que jamais la grande priorité des maires dès le lendemain de l’élection.

2) La réduction des marges de manœuvre financières

Crise ou pas, de nombreuses communes doivent continuer d’ouvrir des classes, augmenter les places de crèches, assurer la prise en charge des seniors, adapter l’offre d’équipements sportifs et culturels. Pour assurer les conditions d’un développement sans alourdir le budget de fonctionnement, ni augmenter la fiscalité et la dette, les maires usent de tout ou partie de la palette des moyens à leur disposition : concentration des moyens sur quelques réalisations phare, ouverture de relais assistantes maternelles ou versement d’aides à la garde des tous petits (plutôt que création de places de crèches), externalisation partielle de certains services, utilisation de partenariats publics privés pour la création et la gestion d’équipements, renégociation de la dette, recours à l’emprunt sur les marchés financiers, voire même auprès de banques étrangères… Aujourd’hui, la rigueur ne bride plus l’imagination, elle l’encourage.

3) L'accroissement des inégalités territoriales

La crise ne rend pas seulement la gestion municipale plus complexe. Dans un contexte de moins en moins favorable à la mixité sociale, elle a accroît les inégalités entre les territoires. Une petite minorité de communes bénéficie d'un cadre de vie privilégié et d'une fiscalité modérée. À l'autre extrémité, un nombre également restreint de villes se caractérisent par un parc HLM important, une fiscalité et un taux de chômage élevé. Dans ces deux cas, la crise ne change pas grand-chose sinon renforcer les situations existantes.

Mais pour l'immense majorité des communes, l'histoire reste à écrire pour s'inscrire dans une dynamique positive et ne surtout pas basculer du côté des "villes qu'il vaut mieux éviter". Le moyen privilégie par les maires devrait relever d'une nouvelle forme de marketing territorial, à la fois professionnelle et adaptée aux problématiques spécifiquement locales.

4) Le casse-tête de la politique urbaine

Le temps des maires bâtisseurs est-il révolu ? Sans doute pas, mais le projet de transfert du PLU au niveau des intercommunalités pourrait bien occasionner une mutation lente de l’attribut par excellence des maires.  En attendant, les projets sortent de plus en plus difficilement de terre. Tout devient problématique : activités trop bruyantes, constructions trop importantes, travaux trop paralysants, espaces publics trop inquiétants…

Et que dire des Zones d’Aménagement Concerté qui s’attirent automatiquement un grand nombre de contestations et de recours juridiques ! Cette judiciarisation à outrance est-elle le fait d’une évolution générale de la société, la manifestation croissante d’un refus de la mixité ou, pour quelques particuliers, une façon de monnayer l’expropriation au prix fort ? Sans doute un peu tout ça à la fois.

5) La montée de l’individualisme

De la santé et du moral, il en a toujours fallu pour être maire. Mais avec la crise, cette exigence est encore plus vraie. Même s’il n’a pas forcément le pouvoir de tout faire, le maire se doit au minimum d’intervenir personnellement. Une attente qui n’aurait rien de condamnable si, comme le soulignait l’ancien maire de Quimper, Bernard Poignant, les citoyens ne se comportaient pas de plus en plus comme des clients réclamant un retour sur investissement de leur vote et de leurs impôts. Dans ces cas-là, le ton se fait vite agressif. En cas de refus, il peut devenir franchement menaçant. Au point que, dans certaines villes, le mandat de maire ne relève plus du seul challenge politique, mais du courage physique.

6) La crise des centres-ville

Depuis les lois de la décentralisation au début des années 80, le développement économique s’est imposé comme une des préoccupations majeures des maires qui ont vite compris qu’il valait mieux faire payer les entreprises que les électeurs. Avec le transfert du développement au niveau intercommunal, cette priorité perd une partie de son acuité à l’échelon de chaque commune.

Le nouvel enjeu ? Les centres-villes touchés de plein fouet par les nouveaux modes de consommation, la concurrence des grandes surfaces et une meilleure accessibilité de la périphérie. Avec un risque majeur à la clé : voir les commerces dépérirent et avec eux l'existence d'un quartier où tous les habitants peuvent se retrouver.

7) La montée de la préoccupation environnementale

Sous l’effet de la crise, le développement durable a du plomb dans l’aile. Pas dans les mots ou les intentions, mais dans les faits. Si certains maires ont été parmi les premiers à se doter d’un agenda 21, d’autres ont préféré s’abstenir ou jeter l’éponge. Réaliser un diagnostic énergétique du patrimoine communal est une chose. Financer le remplacement général de matériels de chauffage énergivores et d’isolations défaillantes en est une autre. 

Résultat : en ces temps de crise, les maires préfèrent prendre en compte de ces questions pour les équipements neufs. Un choix sans doute moins efficace du point de vue des émissions de CO2 et de l’utilisation des énergies fossiles, mais en ces temps de disette budgétaire, le réalisme s’accommode plus facilement d’une part importante de symbole. 

8) L’intensification de la démocratie locale

Plus aucun maire ne dirige sa ville d’une main de fer. Ou alors il se doit de l’entourer de beaucoup de velours. Avec la disparition de Georges Frèche, indéboulonnable patron de Montpellier, avant de devenir président de "Septimanie", la lignée des maires autocrates s’est éteinte. Les administrés aspirent désormais à être écoutés et consultés. Sur des projets impactant la vie quotidienne, la mobilisation peut se faire brutalement et, bien souvent, en dépit d'une phase préalable de concertation avec tous les "acteurs concernés".

D'un coup, les opinions qui semblaient acquises au projet se retournent ou se dérobent. Il suffit parfois d'une dizaine de personnes motivées et d'une bonne "communication" pour remettre en cause le travail de plusieurs mois. L'urbanisme fait partie de ces domaines où la démocratie locale change la donne. Mais des changements en matière de services à la population – plus particulièrement dans le secteur de l'enfance – peuvent se révéler des sujets tout aussi sensibles.

9) La mise à plat des critères d’accès aux services

Pourquoi telle association est-elle plus subventionnée que telle autre ? Est-il normal que des familles aient accès à plus d'activités sportives que d'autres ? Pourquoi la rénovation de certaines voies est-elle privilégiée ? Dans le domaine de la vie communal comme ailleurs le "c'est comme ça" ne passe plus. À titre individuel ou par la voie des associations, les administrés exigent plus de transparence et d'explication.

Le prochain mandat devrait donc voir les villes effectuer un travail considérable – et souvent révolutionnaire – de rationalisation des critères de financement et d'attribution des prestations. C'est ainsi – et seulement ainsi – que les municipalités pourront éviter de se voir reprocher une gestion trop arbitraire et trop politique des services à la population.

10) L’implication personnelle du maire dans la promotion de sa ville

Pour attirer des franchises, des entreprises ou des institutions publiques, communiquer par voie de presse ne suffit plus : les maires doivent de plus en plus donner de leur personne. Les investisseurs se font tirer l’oreille pour venir découvrir une ville ou un projet urbain ? Qu’à cela ne tienne, les maires iront à eux.

En juin dernier, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, innovait en recevant les représentants des grandes enseignes au Louis 25, un restaurant des Champs-Élysées, à l’occasion du Salon de l'immobilier et de l'équipement commercial.

Autre exemple, dans un registre différent : le maire communiste d’Ivry faisait découvrir personnellement en 2011 trois grands projets urbains à 150 personnes regroupées dans 5 cars. Preuve s’il en était que le rôle de VRP de luxe ne soit plus réservé au président de la République ou aux ministres…

Bien sûr tous ces dossiers n'ont ni la même importance stratégique, ni le même degré de visibilité politique. Les relations intercommunales constituent un défi majeur, mais ce sujet semble aussi éloigné des préoccupations quotidiennes que la vie des institutions européennes. À l’inverse, la redéfinition des critères d’accès aux services ou l'intensification de la démocratie locale relèvent davantage d’une optimisation de la gestion que de la stratégie politique.

Les dossiers les plus complexes sont évidemment ceux alliant importance stratégique et forte visibilité politique, à l’instar du renforcement de l’attractivité des centres-ville ou l'implication personnelle du maire dans la promotion de sa ville. Sur tous ces points, l'adéquation entre la personnalité de l'élu et l'identité de la ville collective sera, comme toujours en politique, un facteur essentiel de réussite dans le cadre d'un mandat qui s'annonce aussi difficile que déterminant.

Tag(s) : #municipales

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